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Le Drac est une des grandes rivières emblématiques des Alpes, qui draine un bassin de 3600 km² et se jette dans l’Isère à Grenoble après un parcours de 130 km. En amont des barrages hydroélectriques, au cœur des Hautes-Alpes et à 1000 m d’altitude, le Drac a gardé son caractère torrentiel et fait honneur à l’origine de son nom (le « Dragon ») : en moyenne annuelle, ses crues charrient 50 000 m3 de galets et graviers.

Ressource en granulats, la rivière a longtemps été perçue comme exploitable et inépuisable, mais en 2012, les curages et extractions de carriers ont dû cesser définitivement : suite aux crues de 2006 et 2008, le Drac avait commencé à s’enfoncer de façon irréversible dans les marnes argileuses situées sous son matelas alluvial. En quelques années, ce beau torrent montagnard avec un lit en tresses et des îlots de galets sur plus de 100 m de large est devenu un profond canyon argileux réduit à 30 m de large.
La nappe alluviale a chuté, entraînant des conséquences écologiques majeures sur la forêt alluviale, la faune et flore locales ; des glissements de terrain ont commencé à se produire et menaçaient à terme une route nationale, des habitations et la digue du plan d’eau touristique du Champsaur (05). Il était urgent d’intervenir, sans quoi le phénomène d’érosion régressive se serait aggravé et se serait poursuivi plus en amont.

La CLEDA (Communauté Locale de l’Eau du Drac Amont), compétente pour aménager et gérer la rivière, a donc lancé un programme de travaux visant à recharger le Drac en matériaux et à lui redonner son caractère originel des années 1960, permettant ainsi d’obtenir un bon état écologique de ce tronçon au sens de la Directive Cadre européenne sur l’Eau (DCE) et du SDAGE Rhône Méditerranée. L’action a été inscrite dans le plan de gestion du Drac amont en 2010 et repris dans le Contrat de Rivière en juin 2011.

L’année 2014 a vu la fin de travaux de restauration de grande ampleur dont BURGEAP a été le maître d’œuvre après avoir réalisé les études préalables.

En fin de compte, les objectifs du projet sont multiples :

  • Rétablir la continuité écologique (sédimentaire et biologique)
  • Reconstituer des milieux propices à la vie aquatique
  • Retrouver le caractère en tresse originel du Drac
  • Protéger les enjeux soumis à l’incision du lit (Route nationale 85, plan d’eau touristique du Champsaur, habitations localisées, etc.)
  • Réconcilier les habitants avec la rivière Drac et son espace alluvial

Services fournis

Etude de dimensionnement du projet

BURGEAP est missionné, en janvier 2012, pour réaliser l'étude préalable de dimensionnement du projet de recharge sédimentaire du Drac amont.

Le projet de restauration est conçu par BURGEAP pour répondre aux documents de référence (DCE, SDAGE) visant le bon état écologique, tout en améliorant la situation des usages et des pratiques dans la vallée.

  • La gestion des sédiments est pensée de manière à rendre compatible les activités économiques et les enjeux écologiques en rétablissant un transit sédimentaire naturel optimisé et une continuité biologique. En effet, l’ensemble des milieux naturels est pris en compte : des investigations faune-flore ont été menées ainsi qu’une étude hydromorphologique pour évaluer les impacts et bénéfices des aménagements.
  • Les travaux doivent permettre de restaurer le style fluvial en tresse du Drac qui va se redévelopper au fils des crues du Drac. La recharge alluvionnaire permet également de reconstituer des zones de reproduction et de vie pour les espèces aquatiques qui avait déserté les secteurs marneux. La connexion biologique avec les affluents est également rétablie. Les travaux intégrent la réalisation de protection de berge en technique végétale (fascine de saules, bouturage et ensemencement), préférée aux techniques minérales. Les matériaux nécessaires à la recharge sont issus des anciennes terrasses alluvionnaires, ce qui permet de travailler avec des matériaux locaux et de limiter le bilan carbone. De plus, à l’issu des terrassements dans ces terrasses, des adoux (cours d’eau phréatiques), des zones humides et corridors biologiques sont  recréés afin de restaurer les habitats présents sur le tronçon ; les affluents se sont retrouvés de nouveau connectés au Drac.
  • Les travaux doivent permettre également de gérer de manière durable les usages de l’eau et du territoire qui étaient apparus au cours de l’incision. En effet, le plan d’eau et le Drac constituent un attrait touristique indéniable pour la vallée du Champsaur, l’un des hauts lieux touristiques des Alpes.
    • Le projet crée un cheminement entre le centre de St-Bonnet-en-Champsaur et le plan d’eau du Champsaur et maintient la navigation d’eaux vives sur le Drac en intégrant une passe à canoës dans le seuil avant et en effaçant le seuil amont grâce à la recharge.
    • Le plan d’eau touristique du Champsaur, qui était doublement menacé, d’une part, par le risque de déstabilisation (et donc de rupture) des digues et d’autre part, par l’interruption de son alimentation en eau, est rendu pérenne.
    • De plus, l’incision du lit avait provoqué de nombreux glissements et érosions des terrains environnants, menaçant la RN85 ou des parcelles exploitées pour l’élevage ou comme pépinière. Les travaux permettent de stopper ces phénomènes.
    • La nappe alluviale s’était également abaissée en même temps que le fond du Drac, ayant ainsi un impact fort sur un captage d’irrigation. La recharge permet de restituer un apport d’eau à la station de pompage, évitant ainsi un pompage direct dans le lit du Drac.
    • Enfin, ces travaux, réalisés durant la période hivernale afin de bénéficier des débits d’étiage, permettent de fournir des emplois aux entreprises locales de terrassement durant l’hiver qui est habituellement une période d’interruption d’activité.
  • Avant la réalisation des travaux, de nombreuses interventions humaines étaient réalisées pour stabiliser les berges et permettre les prélèvements en eau. La vie aquatique était perturbé par les extractions en lit mineur et les affleurements d’argile de plus en plus nombreux qui, à terme, aurait rendu ce tronçon stérile. La gestion des sédiments et les travaux permettent donc de stopper ces interventions mais également d’éviter celles qui seraient indéniablement apparues si l’incision n’avait pas été stoppée (déstabilisation d’ouvrages comme la digue du plan d’eau ou les ponts à proximité, déplacement des activités économiques, peuplement piscicole perturbé du Drac et de ses affluents…).
Maîtrise d’œuvre du chantier et avenir du projet

Après avoir réalisé les études préalables, BURGEAP a assuré la maîtrise d’œuvre du chantier : terrassement, protections de berge, renaturation de milieux naturels, passe à poissons.

Près de 450 000 m3 de galets, graviers, sables et limons ont ainsi été réinjectés sur 3,6 km pour rehausser et remodeler le profil de la rivière tel qu’il était en 1960. La rivière a retrouvé un style fluvial en tresses, avec des chenaux multiples et mobiles sur 80 à 200 m de large, alors que le lit avant travaux était rectiligne et réduit à 30 m de largeur.

En marge du projet, un cheminement a été établi le long du Drac. Il permet aux riverains, habitants de la vallée et touristes de se réapproprier le torrent et son environnement écologique riche. Cette piste a rencontré un fort succès dès son ouverture avec une forte fréquentation de piétons, cyclistes et cavaliers.

Certains gains écologiques mettront plusieurs années avant d’être pleinement effectifs. Pour quantifier précisément ces gains, un programme de suivi multi-partenarial (CLEDA, Agence de l’Eau, ONEMA, Parc des Ecrins, bureaux d’études) est mis en œuvre sur une période minimale de 10 ans sur les volets hydromorphologiques et écologiques (habitats, faune, flore).

Données clefs

Il s’agit sans nul doute du chantier de recharge sédimentaire le plus important de France, et peut-être d’Europe :

  • De par l’ampleur des travaux :
    • 450 000 m3 de matériaux terrassés
    • une superficie de 59 ha
    • un linéaire de 3.6 km de recharge
    • 3 km de fascines
    • 6 400 boutures de saules
    • 500 pieds d’hélophytes
    • 13 ha de zones humides et adoux créés
    • 8 000 m² d’anciennes zones humides et adoux réactivés
    • 6 affluents avec une connexion biologique rétablie...
  • ...et des moyens humains pour la réalisation du chantier :
    • 7 entreprises
    • 80 hommes sur site
    • 60 engins de chantier
    • jusqu’à 15 000 m3/jour de sédiments travaillés
    • un délai de réalisation du chantier réduit à 5,5 mois

Enfin, on notera que le projet de restauration réalisé à l’initiative de la CLEDA est un exemple de volonté politique et de gestion intégrée prenant en compte les enjeux écologiques, sociaux et économiques du Drac dans sa partie haute alpine.